Une plongée dans la guerre de Vendée et dans les consciences

Ce mardi 29 septembre, les élèves de 4° de Mme Braichet et les 3° de M. Marciliac ont quitté les salles de classe pour occuper l’Espace Louis Nodon, afin d’assister à une représentation théâtrale : l’adaptation du roman de Victor Hugo Quatrevingt-treize, proposée par la compagnie Kamma. Un spectacle qui raconte la guerre entre Royalistes et Républicains, pendant la Révolution française.

Des ateliers en amont du spectacle

Si le spectacle a été proposé fin septembre à nos collégiens, chacune des cinq classes de 4° et 3° a participé quinze jours plus tôt à des ateliers animés par Raphaël Mena et Margherita Bertoli, deux des codirecteurs de la troupe. Les artistes ont deux heures durant conduit les élèves à mettre en jeu leur corps puis leur voix, dans un bel enthousiasme qui a ravi élèves et professeurs. Le point d’orgue des séances a été le procès fictif du marquis de Lantenac, personnage central du roman de Hugo. Les élèves devaient trouver des raisons qui poussent les hommes à condamner ou amnistier le chef royaliste.


© Dossier pédagogique de la compagnie Kamma

Une bande son immersive

Dès les premières minutes du spectacle, le jeune public a été plongé dans la forêt vendéenne et en mer, au large de la Bretagne, grâce à une bande son réaliste : coups de feu, canonnades, aboiements de chiens, bruits de la forêt, stridulations nocturnes des insectes, bruitages maritimes... À cela s’ajoutait une musique électro, tantôt entraînante, tantôt obsédante, qui accompagnait les angoisses des personnages ‒ notamment Michèle Fléchard, veuve et mère de trois petits, victimes emblématiques de toutes les guerres ‒ une musique qui rythmait le spectacle de catastrophe en catastrophe, jusqu'à sa fin à la fois tragique (Romantisme oblige, avec Hugo) et pleine d’espérance (il publie ce roman peu après l’avènement de la IIIème République). La musique n’était toutefois pas continue et les monologues de Lantenac ou de Gauvain s’entendaient dans un silence de cathédrale, un choix qui a mis à l’honneur la langue du poète.

Vingt costumes pour quatre comédiens

Dans ce spectacle, deux actrices et deux acteurs incarnent tous les personnages : Margherita Bertoli, Nicolas Bonnefoi, Lise Cosme et Quentin Balif, dans une performance qui a été saluée par les élèves. Les costumes les ont aidés à s'y retrouver ! Les Royalistes (les « blancs »), au sacré cœur cousu sur la poitrine, se distinguent des Républicains (les « bleus ») qui arborent la cocarde tricolore. On peut aussi voir une portée symbolique dans les costumes : la doudoune rouge de Michèle Fléchard fait d’elle une cible visible, les femmes et les enfants sont toujours les premières victimes des guerres ; Gauvain portera presque la même couleur, lui aussi est condamné à mourir ; dès lors, le beau costume immaculé de Robespierre apparaît d’une blancheur particulièrement ironique, en pleine Terreur ! Quant à Cimourdain, sa longue tunique sombre rappelle l’habit du prêtre qu’il a été, avant de devenir l’envoyé du Comité de salut public : il reste un homme de foi ‒ mais une foi, révolutionnaire, inflexible, impitoyable et cruelle.


© Dossier pédagogique de la compagnie Kamma

Un décor simple et puissant

Le décor, une structure ingénieuse, en deux morceaux, devient tour à tour bateau, estrade ou tour médiévale. L’armature en fer suggère déjà la guillotine. Car c’est l’un des moments forts du spectacle, quand la table de Robespierre se métamorphose en échafaud. Le chambranle métallique qui figure d’abord une porte devient le montant de la guillotine. La terrible lame triangulaire est invisible ‒ mais tout le monde la voit. Ce décor épuré favorise la réflexion. "Pas plus que les oiseaux, les peuples ne sont attirés par l’épouvantail", écrit Hugo. "Il ne faut pas faire le mal pour faire le bien. On ne renverse pas le trône pour laisser l’échafaud debout. Mort aux rois, et vie aux nations. Abattons les couronnes, épargnons les têtes. La révolution, c’est la concorde, et non l’effroi." Les scènes de violence, bien présentes dans le spectacle, sont toujours stylisées, parfaitement chorégraphiées ou elliptiques. Ainsi, la question centrale du roman émerge dans l’esprit des spectateurs, une question d’une brûlante actualité : quelle République voulons-nous ? Une République aussi violente que ses ennemis jurés ? Voulons-nous une République qui divise ou une République qui rassemble ? Tout le spectacle tourne autour de la question de la clémence : faut-il faire grâce ou punir ? La pitié a-t-elle sa place dans la Révolution ? Le canon ne fait pas grâce au bateau, Lantenac condamne à mort Halmalo, comme Cimourdain condamne à mort Gauvain. Mais Lantenac finit par sauver trois enfants, et pour cela, Gauvain lui fait grâce ‒ au prix de sa propre tête.

La mise en scène de Raphaël Mena, rythmée par des adresses directes au public, nous dit clairement que les choix des personnages sont aussi les nôtres. Un spectacle juste, accessible et puissant, qui révèle toutes les ombres et les lumières du roman de Victor Hugo.